Mareyage:expriences et conseil du premier mareyeur au maroc

1957 Mareyeur - EXPORTATEUR - INDUSTRIEL

En 1957, Mustapha profitant de la libération de Nord du Maroc par l'occupant espagnol, et encouragé par le négociant juif car celui ci avait un marché en Algérie il se lança dans l'exportation.
Mustapha avait bien étudier le projet. Et finalement en pensant "puisque l'argent n'est pas là, allons le chercher ailleurs ", il se décida à sa réalisation. A cet époque il n'y avait pas de concurrence, il y avait les sociétés "Comabeach ", "Timimlo " et "Addiri " et quelques armateurs français à Agadir, c'est tout. C'était pour lui un projet à risques, car ici il n'a pas ce rapport direct avec la mer et ses braves gens loyaux, mais avec des hommes, instruits mais sans scrupules en affaires.
Ses premières tentatives n'ont pas été des succès, car il ne connaissait rien à ce milieu rempli de transitaires, d'intermédiaires, de paperasses administratives, de commissionnaires, et de banquiers. Pour ses premières exportations effectuées par camion, il fit appel à une société intermédiaire, Mustapha fournissait le poisson et celle-ci était chargée de le commercialiser. Au bout de quelques opérations, les rapports entre lui et cette société n'étaient plus sains, en effet il a découvert que sur le marché algérien, son poisson était vendu au quintuple du prix d'achat alors que son intermédiaire se plaignait toujours de méventes ou de cours trop bas
Cela se résumait pour lui en de lourdes pertes à chaque expédition. Pour palier à ce fait, la seule solution était de se débarrasser des intermédiaires pour mieux contrôler son négoce. Il ne devait se fier à personne, surtout depuis le jour où grâce au facteur qui desservait son bureau, il découvrit que son intermédiaire juif du nom de David Daraz, plus connu sous le surnom de "douida " recevait en son nom une partie du règlement des factures. Ce jour-là il donna un gros pourboire au facteur, qui ne se tarit pas en remerciement et éloges. Sa futur société verra le jour grâce à cette leçon dont la valeur n'a rien de comparable avec le pourboire du facteur. La société s'appellera "MUSTAPHA BEN MOKHTAR " en hommage à son père. Ce père qui comme tous les pères ne voulait qu'une chose que son fils réussisse dans la vie.
Depuis lors, sa société lui fera atteindre des objectifs jamais imaginés auparavant, car l'ascension a été fulgurante. Il devint ainsi, l'un des tous premiers mareyeurs exportateurs marocains du Maroc. Son premier marché fut la France, notamment Marseille. La réputation de la qualité de son mareyage prit une ampleur internationale très rapidement. L'Europe s'était rétablie de la guerre, maintenant elle s'était lancée dans une ère de la consommation. Après le "Baby boom ", il fallait produire pour consommer et consommer pour produire, telle était la politique des pays européens. Mais ils réalisèrent que bien avant la guerre ils étaient déjà confronté au problème de la surexploitation de leurs ressources halieutiques notamment la morue, la sardine, l'anchois, le homard et la langouste, l'alose.
C'est ainsi, que le Maroc commença à recevoir les premiers négociants en poissons pour ne pas dire négociateurs. Ces Européens connaissaient depuis des décennies l'extraordinaire potentiel halieutique marocain, aussi bien dans sa diversité que dans son abondance. Mustapha Ben Mokhtar su répondre à leur demande aussi bien en qualité, qu'en quantité et avec une régularité d'un homme maîtrisant son métier. Il s'installa au port de pêche dans une stalle de 88 M2 à l'intérieur même du port de pêche. Afin de pouvoir satisfaire une clientèle exigeante il s'entoura d'hommes du métier qu'il recruta parmi toutes les connaissances qu'il avait dans les ports. Il forma même les pêcheurs à la préservation de la qualité de leurs prises. Il veillait à leur fournir la glace nécessaire, les contenants pour le transport et même du matériel de pêche. Il se battait pour avoir la qualité exigée car il y mettait son honneur, et celui de son pays en jeu. Et il n'était pas avare pour avoir ce qu'il voulait. C'est ainsi, qu'il ouvrit d'autres stalles dans les ports de El Jadida, Essaouira, Safi, Agadir afin de mieux gérer les différentes commandes en provenance de l'étranger. Ainsi il ne dépendait plus seul port pour ses approvisionnements, si le poisson souhaité était introuvable à Casablanca, il se le procurait plus au sud.
Très tôt, vers trois ou quatre heures du matin, il se rendait à la halle aux poissons afin d'acquérir le poisson débarqué quelques heures auparavant. Le fait d'avoir fréquenté dés sa plus jeune enfance le milieu portuaire lui a rendu énormément service lors des criées. Il lui suffisait d'un seul regard vers le lot de poisson mis en vente pour savoir s'il se trouvait devant une bonne affaire ou pas. Il avait appris à estimer la contenance des différentes caisses dont les préposés de la halle au poisson contrôlaient la vente. Cet homme qui dans son enfance avait écourté son enseignement scolaire se permet, d'un rapide calcul mental, de connaître le prix de revient du kilo, et ce pour chaque espèce de poisson et pour chaque calibre.
Un conseil qu'il aime encore de nos jours répéter à son entourage est celui-ci " Le gain se fait à l'achat ". Nombreux sont ceux qui pensaient voir fructifier leur argent et qui se sont lancer dans la profession de mareyeurs comme d'autres ouvrent une épicerie et qui malheureusement n'ont pas connu la même "chance " que celle de Mustapha BOUZARGTOUN. Ces arrivistes ont cru que leur argent serait leur principal outil de travail, ils ont dédaigner l'apprentissage le plus élémentaire à savoir la mer. Sans aucun système organisé de gestion, si ce n'est un flair, une mémoire et une facilité d'improvisation il effectuait au même instant plusieurs transactions énormes de poissons dans des ports différents. Les deux télex et les trois lignes de téléphone étaient constamment occupées.
Il ne faut pas oublier l'handicap majeur de ce nouvel "homme d'affaires ", c'est son analphabétisme. Aujourd'hui, il n'est pas évident pour un jeune diplômé sortant d'une quelconque haute école de gestion de réussir cette fulgurante ascension. Certes, à l'époque le créneau était libre, le marché encore vierge et les concurrents rares. Mais en ce temps là, les banques n'offraient pas les mêmes services qu'aujourd'hui. Les organismes chargés de l'assistance aux entrepreneurs et aux jeunes promoteurs n'existaient pas. Il y avait le problème du transport, des routes impraticables, aucun parc de camions isothermes ou réfrigérés, le problème des communications. De l'autre côté des pêcheurs qui devaient revoir leurs méthodes de pêche et pour cela être formé pour offrir des produits commercialisables.
Celui qui voulait réussir dans ce type d'activité devait être un vrai homme-orchestre, et surtout ne pas commettre de fausse notes. C'est ainsi que Mustapha BOUZARGTOUN remplissait dans la même journée de travail plusieurs fonctions afin de répondre au mieux aux exigences de sa clientèle. Une fois qu'il a assurer ses approvisionnements en poisson, il dirigeait l'équipe chargée de la préparation des commandes et du conditionnement dans ses stalles attenantes aux halles aux poissons.
Le conditionnement du poisson frais est tout un art. En effet, le fait d'acquérir un poisson de qualité est une chose, préserver cette qualité jusqu'au consommateur final est le savoir-faire du vrai mareyeur professionnel. Beaucoup pense que le conditionnement est uniquement un problème d'emballage. Pour BOUZARGTOUN Mustapha, c'est avant tout offrir à son poisson de bonnes conditions pour qu'il puisse garder sa fraîcheur initiale le plus longtemps possible. Mais cela commence dés l'instant où le poisson est pêché. Le rôle du pêcheur est primordial dans cette chaîne. Ce sont les premiers soins donnés par ce pêcheur qui conditionnent la qualité. Comme il aime à le rappeler " Se falta qué el pescao muerre en la caja ", ce qui veut dire " le poisson doit mourir dans la caisse servant à son expédition. De la première prise en main du poisson par le pêcheur jusqu'à son acheminement vers l'aéroport, Mustapha veillait à la qualité. Combien de fois, il a hurlé pour un manque de glaçage, pour un carton mal scellé, pour la lenteur d'une opération ou tout simplement quand il voyait un ouvrier "brutaliser " son poisson. Cette profession est un métier d'enragé, car il faut lutter contre le temps et contre l'imperfection.
Pour expédier les quantités de poissons qu'il arrivait à regrouper des différents ports, Mustapha fit appel au service des compagnies de transports aériens, les premiers à l'époque étant AIR FRANCE et ROYAL AIR MAROC. Ces transporteurs et Mustapha tombèrent sur un problème de taille, celui des écoulements de l'eau de fusion de la glace préservant le poisson, et ce malgré les mesures de protections prises, à savoir doublage avec des sacs plastiques fermés hermétiquement. Pour des raisons de sécurité, Mustapha dû revoir l'emballage utilisé qui n'était à l'époque que du carton paraffiné. Il se débrouilla pour faire venir d'Allemagne du " STYROPOR ",de la matière première servant pour la confection de polystyrène, et parallèlement il fit construire un moule artisanale pour la fabrication de caisses en polystyrène expansé. C'est ainsi qu'avec de la simple vapeur, et une presse il commença à fabriquer des caisses isothermes plus étanches et plus pratiques que le carton.
Mais la cadence de fabrication était trop lente car en une journée il obtenait à peine soixante caisses. Entre-temps la " Société Chérifienne des Engrais " à Aïn Sebaa introduisit cette technologie et commença la fabrication de caisses isothermes et Mustapha devint l'un de ses plus gros clients. En effet, le succès de ses produits de mer en Europe lui fit exporter des quantités atteignant plus de dix tonnes par jour, soit plus de 1500 caisses employées quotidiennement.
Devant faire face aux demandes massives de la part des Français, des Suisses, des Allemands en homard et langouste, il tomba devant un autre problème. Celui de la conservation de ces crustacées jusqu'au moment de l'expédition, comme tout le monde sait, ces crustacées doivent être expédiées vivants afin de préserver leur fraîcheur. Il devait réduire le taux de mortalité de ces fragiles créatures. La construction de viviers dans une autre stalle voisine fut entreprise et la connaissance des mœurs de ces crustacées lui facilita la chose. Le Homard fait preuve parfois de cannibalisme, il n'hésite pas à consommer ses congénères s'il décèle chez eux un signe de faiblesse. Cet animal est doté de deux énormes pinces dont chacune à une fonction précise, une pour broyer, une autre pour couper. La première des choses consistait à ligaturer les redoutables pinces, à séparer les créatures les plus faibles dans un autre vivier. Une technique qu'il se refusait à pratiquer était la section des tendons commandant les pinces, il n'acceptait pas de mutiler ainsi les homards. Mais ce n'était pas tout, ces bestioles à pinces ont besoins d'une eau riche en oxygène ,les viviers étant rempli d'eau de mer propre qu'il fallait constamment maintenir "aérée et à la bonne température"
La solution de Mustapha BOUZARGTOUN était d'utiliser le phénomène de condensation de l'eau sur une surface froide placée au-dessus des viviers. Pour cela il a fait installer un système de tuyauteries, provenant du bassin du port jusqu'aux viviers, ces canalisations à marée basse fournissaient ainsi de l'air chaud chargé d'humidité. Cet air chaud montait naturellement vers une plaque en acier inoxydable placée sur chaque vivier, l'humidité contenu dans cet air se condensait sur ces plaques et par intermittence les gouttelettes ainsi formées tombaient comme une pluie dans l'eau des viviers, aidant ainsi un petit compresseur à air à brasser l'eau . .Il constata que la mortalité avait nettement diminuée et sur place et à la réception, car encore une fois, les clients étaient satisfaits. Cela lui permit pendant des années de faire d'important profits, surtout en période des fêtes de l'an en Europe.
Une autre découverte est l'exploitation d'un crustacé connu sous le nom de "pouce-pied" ou pescebes. Ce petit animal, de la taille d'un doigt d'homme, ressemble étrangement à un pied de biche, d'où parfois cette autre dénomination, il vit sur les côtes marocaines, au pied des falaises et sur les récifs Il fut le premier à l'exporter en grandes quantités vers l'Espagne et le Portugal, tous deux pays grands consommateurs de fruits de mer. Le pied de biche est reconnu pour ses qualités gustatives et sa chair est très estimée. Son unique problème est sa conservation à l'état frais, c'est ainsi qu'après plusieurs essais Mustapha BOUZARGTOUN à trouver la parade à ce problème entravant une bonne commercialisation. Le pied de biche ne supportait pas d'être recouvert de glace directement, son corps tel un tube absorbait l'eau de fusion rendant sa chair fade et augmentant le taux de mortalité à cause du froid.
Durant des décennies il inonda les marchés de la France, de la Belgique, de l'Allemagne, de la Suisse, de l'Espagne, du Portugal, de l'Italie, de la Grèce, des Émirats Arabes, en produits aussi variés que les poissons nobles comme le loup, la dorade, le barbet, la baudroie, le pageot royal, des crustacées comme la crevette royale, le homard, la langouste, le pied de biche, les céphalopodes comme le calamar, la seiche, et le poulpe. Pour lui la réponse à ses clients était simple "dites-moi ce que vous voulez, à quel prix, où et quand ". Dés qu'un produit lui était demandé de l'étranger, il contactait ses équipes de pêcheurs et d'acheteurs qui eux se lançaient à sa recherche en suivant ses instructions. Pour lui le client était roi.
Mustapha a brassé des sommes colossales pour l'époque. Il ne lui était pas rare d'acheter dans la même journée plus de 700 000, 00 Dirhams de poissons, prenant ainsi des risques énormes. Mais les retombées commerciales étaient réelles et méritées. Mustapha BOUZARGTOUN, ne ratait aucune occasion pour promouvoir ses produits. Toujours disposé à participer aux foires et salons aussi bien nationaux qu'étrangers. Il prend un réel plaisir à vanter et faire connaître le poisson marocain auprès des visiteurs et clients étrangers, en leur racontant une anecdote, un souvenir de pêche.
Il convient de faire le constat suivant : ses actes, ses discours et ses ambitions semblaient être calquer sur l'évolution et les aspirations de son pays. Les faits et les dates le prouvent. Dés qu'il sentit la faiblesse de l'administration française en 1947, il la mit devant le fait accompli à savoir donner aux marocains les mêmes chances de travail que les Français, il obtint sa licence de patron-pêcheur.
En 1956, dés que l'Espagne abrogea son protectorat sur les régions du Nord du Maroc, il ouvrit la route de la sardine vers l'Algérie, ce ne fut pas ans mal. En effet, les particularités administratives des régions du nord était dans le vrai sens du mot un parcourt du combattant. Ils fallait affronter les tracasseries douanières, les barrages militaires, les problèmes mécaniques d'un vieux camion et de mauvaises routes. Sans oublier la course contre le temps afin que les cargaisons de poissons arrivent dans les meilleures conditions.
Dés 1960, et à cause des évènements en Algérie rendant tout négoce impossible à cause des restriction de circulation pour lutter contre le trafic d'armes, il renforça ses affaires avec les Français, ceci avait besoin de satisfaire un marché en plein essor. La prospérité de la France en ces année, fit qu'avec l'arrivée en nombre d'immigrées Italiens, Espagnols, Portugais, et PIED-NOIRS la consommation des produit de la mer connue une ascension remarquable.
Pour répondre à ce nouveau créneau, il installa une stalle dans le port de la ville d'Ifni tout juste reconquise à l'Espagne.
En 1975, il était déjà présent sur la côte saharienne à El Layoun, il avait acheté un local, un ancien dépôt d'une société de Casablanca et y installa une fabrique de glace pour fournir les pêcheurs qui l'approvisionnait. il s'était également installé à Boujdour, Tan-Tan, Tarfaya. Il ira de succès en succès aussi bien à l'échelle national qu'international, son activité lui fera drainer des devises, ouvrir d'autres marchés, il offrira au monde entier par l'intermédiaire de ses agences portuaires toute la richesse de la mer marocaine. Grâce à ses efforts, il emploiera des centaines de personnes, directement ou indirectement, sur tout le littoral marocain. L'œuvre est importante, mais elle n'a été rendue possible que grâce à ses facultés d'adaptation, sa vivacité d'esprit, et surtout grâce au sacrifice de ses proches qui par la force des choses ont été dans l'obligation de se priver souvent de sa présence dans la maison familiale, pour lui laisser davantage de temps à son travail, à ses découvertes, à ses réflexions.

INDUSTRIEL-ECOLOGIQUE
En 1981, il sera encore une fois au rendez-vous de l'histoire, et encore une fois il prouvera que ses aspirations sont ceux de son pays. La même année vit la naissance du Ministère des Pêches Maritimes et l'inauguration des "Frigorifiques BOUZARGTOUN S.A. " par Monsieur SMILI, le premier ministre des pêches du Maroc.
Afin de répondre aux demandes de ses clients et aux impératifs socio-économiques du pays, il se lança dés 1979, dans l'étude de faisabilité de son projet. A cet égard, il convient de citer deux personnes qui l'ont épaulés dans la réalisation de ce rêve, il s'agit de feu CHOUKRI Bouzid, son beau-frère et de Feu Mohamed LAGHZAOUI, respectivement des hommes de chiffres et de lettres, comme il aimait les qualifiés de leur vivants.
Ensemble, ils négocieront l'octroi d'un prêt de la B.N.D.E que Mustapha honorera les années suivantes jusqu'au dernier centime. Ils firent appellent aux meilleures sociétés françaises de l'époque, pour la réalisation de leur projet. La construction d'un entrepôt frigorifique sur un terrain de prés de deux hectares et demi, dans la banlieue de Casablanca, à mi-chemin de l'aéroport de Nouasser et du port de pêche, leur prit un an. Mais Mustapha fut ponctuel encore une fois, afin d'honorer cette grande date dans l'histoire maritime du Maroc. Cette usine ainsi construite était un outil idéal pour la promotion des produits de mer marocains. En effet, tout à été prévu pour répondre conformément aux nouvelles attentes des clients étrangers.
Mustapha avait, depuis plusieurs années déjà, enregistré les demandes constantes de produits congelés, il arrivait à satisfaire certaines en utilisant les service de la Régie Autonome des Frigorifiques de Casablanca, qui disposait de tunnels de congélations et de chambres de stockage. Ce qui lui a permit dés 1976 d'effectuer la première exportation de poulpe congelé à terre vers le Japon au départ de Casablanca. Il utilisait les mêmes installations publiques pour la congélation d'un produit de tout autre nature, loin du domaine de la mer dans lequel était plongé Mustapha depuis des années. En effet, il reçut un jour la visite de techniciens japonais venus au Maroc pour découvrir les produits marocains susceptibles d'être introduits sur leur marché, dont les produits de la mer.
Après un entretien dans ses bureaux au port, Mustapha BOUZARGTOUN et les Japonais s'étaient mis d'accord pour faire venir du Japon une autre équipe de techniciens, mais spécialisés dans l'agronomie. Il reçu à ses frais les techniciens et se lança avec eux dans la prospection d'un champignon hors du commun. Ce champignon ne pousse que dans le Rif, dans la région de Kétama. Le " Tricholoma Caligatum ", est très apprécié des Japonais pour ses vertus aphrodisiaques et médicinales. Au Maroc, personne ne soupçonnait son existence. Ces ingénieurs et Mustapha BOUZARGTOUN avaient décider d'exploiter ensemble ce champignon et le commercialiser vers le Japon, à l'état frais. Mais pour cela, il fallait former les équipes chargées de la récolte en leur apprenant toutes les précautions et manipulations nécessaires pour préserver la qualité initiale du produit. Mustapha BOUZARGTOUN se chargea de la logistique et de la main-d'œuvre, les Japonais de la formation.
Ce partenariat connu un grand succès, et ainsi procura à l'économie nationale une autre source de rentrée de devises, tout en procurant à la région de Kétama une source de profit pour sa population et pour les communes rurales. Le champignon était ramassé, conditionné et expédié par avion de Casablanca. Par la suite, et vu l'intérêt pour le produit de la part des japonais, Mustapha afin d'expédier un grand tonnage, décida de congeler et d'expédier par conteneurs ce précieux produit. Après plusieurs expéditions très rentables, puisque Mustapha avait réduit de prés de 50 % les frais de transport, et de prés de 30 % les pertes en poids dû à la déshydratation. Un jour, il se dit qu'il pourrait y avoir au Maroc d'autres variétés de champignons pouvant intéresser un autre pays. Il ne tarda pas à expédier le cep, la morille, la girolle, vers l'Italie, la France et la Suisse. Il fit d'importantes expéditions de champignons à l'état frais, congelé, et sec. Il réussit même à vendre de la truffe en conserves au Canada.
Mais pour faire face aux demandes de plus en plus importantes de ces clients étrangers et locaux, et par souci d'autonomie et d'efficacité, il préféra construire ses propres installations de froid. La capacité de stockage de cette nouvelle unité de Bouskoura était de trois chambres négatives de 200 T chacune, et avec des tunnels de congélation d'une capacité totale de 32 T par jour. C'était à l'époque la plus grande installation frigorifique privée du Maroc. Dans l'enceinte de cette usine, il construisit une unité de fabrication de d'emballage en polystyrène expansé. Il fit venir deux automates EIRLENBACH de conception allemande et d'une capacité de production journalière de 3 000 Caisses. Prévoyant pour le futur et pour le Maroc, il fit venir des moules lui permettant de fabriquer également des panneaux servant à l'isolation des chambres froides, ainsi que d'autres moules lui offrant la possibilité de fabriquer différentes tailles de caisses à poisson. Car ces mêmes caisses lui serviront à envoyer par camion au Sahara la glace nécessaire aux pêcheurs. L'emballage servant à la glace revenait avec du poisson et de la glace. Les pêcheurs certifiaient que ces contenants conservaient la glace à l'état solide durant plus d'une semaine.
Afin de recycler les déchets de la fabrication des caisses polystyrènes, il pensa exécuter un moule à vapeur lui permettant de presser la matière obtenu du broyage des caisses rebutés ou ayant déjà servies avec une infime portion de matière " STYROPOR " vierge. Ainsi, à peu de frais il fabriqua dans ce moule des blocs de 0.25 m3 qu'il débitait ensuite à l'épaisseur souhaité. Avec les panneaux obtenus, il confectionna des caisses isothermes de grands volumes. Une fois revêtues de fibre de verre et de résine polyester aux normes alimentaires, elles devenaient de parfaites glacières adaptés aux barques des pêcheurs. Il distribua même des panneaux à bons nombres de pêcheurs pour l'isolation de leur véhicule. L'essentiel pour lui était de se faire plaisir en essayant à partir de parfois rien trouver une solution, mais il savait bien que ce qui comptait pour lui était de promouvoir la qualité. Son profit, le revenu de ses pêcheurs, l'image de marque du Maroc en dépendait.
Cette même usine possède une fabrique de glace en barre de 25 kilos, pouvant produire 25 T par jour de glace hydrique de bonne qualité. Plus tard pour doubler sa production de glace, il copia et réalisa la même installation avec la même capacité de production sans faire appel à une société étrangère, le tout avec du matériel local, et un équipement froid récupéré. Encore une fois qu'importe le moyen, c'est le résultat qui compte.
Il construisit même une petite conserverie de thon, et là encore il avait récupérer une ligne de fabrication d'une usine ayant périclité. Dés les premières boites produites et déguster par l'entourage et les amis, il lança sa propre marque " MAESTRO " qui connut un succès retentissant à tel point que le boites fabriqués à Casablanca concurrençaient ceux du marché noir dans le Nord. Il a même vu des gens descendant de Tanger, de Nador faire la queue toute la journée devant les portes de l'usine pour acheter ses conserves. Alors que l'idée qu'il avait au départ était de récupérer la chaleur perdue lors de la fabrication de polystyrène. La chaudière produisant 2 tonnes de vapeur/heure était largement suffisante pour les autoclaves de la conserverie. Pour réussir, il n'a pas de secret, pour lui il faut oser, mais être le meilleur.
Pour la production des conserves il avait fait appel, à l'un des meilleurs "maestro" terme employé dans les conserverie pour désigner le responsable de la cuisson- et qui avait travaillé plus de quarante ans avec les Espagnols et les Portugais dans les conserveries de Aïn Sebâa. .
Toujours innovateur, et audacieux, à l'occasion de l'édition du Sea-Mer 92, et voulant sortir des chemins battus il prépare une gamme d'une trentaine de produits dont les beignets de crevettes, les beignets de calamars, les nems, les pizzas, les saucisses à base de poisson, les filets de poissons, à divers autres produits élaborés. Après le succès encore une fois de ces produits, il s'attaque aux grandes surfaces, là encore le succès. Il reçu des offres de représentations pour la gamme de ses produits " MAESTRO ", il croula sous les fax commandant d'énormes quantités. Mais il n'y donna suite, pour la simple raison que de l'artisanat à l'industrie le fossé est grand. L'investissement était lourd et le marché encore précaire.
En 1988, il construisit en association DIPROMER à El Layoun, une unité moderne de congélation, destinée à l'exportation et la distribution locale du poisson. Mais il dû se résoudre à la céder, car il préférait avant tout son indépendance. Mais un an après il entreprend la construction d'une autre unité de congélation mais à Dakhla. Cette usine sera construite selon sa conception, sans aucun crédit et sans faire appel à de société spécialisée dans le froid. Tous les matériaux de construction sauf le sable étaient expédiés de Casablanca. Son seul outil le téléphone et une équipe d'ouvriers envoyés de Casablanca. Six mois après l'usine était inauguré en grande pompe par le Pacha de Dakhla. Dans la même année, il signa le premier contrat avec une société japonaise pour l'approvisionner en poulpe. Cette initiative privée sera le fer de lance de l'épanouissement de Dakhla et de sa région. En effet, il donna l'exemple à des dizaines de promoteurs.
Aujourd'hui (2001) Dakhla compte plus de soixante unités de congélation et le poulpe fait vivre des dizaines de milliers de personnes. Avec des moyens très rustiques, il permit aux pêcheurs de poulpes de multiplier leurs prises, tout en économisant leurs efforts. Il fut le premier à utiliser des bidons de cinq litres en plastique ayant contenu de l'huile végétale, en exploitant les mœurs du poulpe. Le poulpe ou pieuvre est un animal doté d'une intelligence peu commune, il vit dans les roches afin d'y trouver nourriture et sécurité.
En ordonnant à ses équipes de pêcheurs de déposer les filières de poulpiers composées de grappes de bidons, il leur a donné le moyen de faire fortune en accroissant leur productivité tout en réduisant leurs charges et leurs temps de travail. Il suffit aux pêcheurs de déposer ces pièges sur les sites de pêche, de les repérer à l'aide d'une bouée et de laisser faire la nature. Le lendemain il suffit de tirer les grappes de poulpiers et d'en vider le contenu en attrapant les poulpes vivants. Il n'a fait qu'exploiter la timidité de cet animal, qui pour se nourrir, se reproduire aime le noir et les endroits offrant protection comme les interstices dans les rochers, les épaves. Par la suite il lança à partir de Casablanca une production à l'échelle industrielle de ces " poulpiers ", en plastique noir de recyclage. Il noya les côtes du Sud et du Sahara de ces pièges. Il suffit de faire un tour à Dakhla, vous serez étonné par le nombre de boutiques, de drogueries, proposant à la vente ces pièges.
Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que le plus important marché extérieur pour le poulpe est le Japon. Pour les Japonais un poulpe de très bonne qualité est un poulpe sain et intact, n'ayant ni traces de blessures, ni membres arrachés, ni odeur chimique (fuel, essence). Tout poulpe mutilé est déclassé, par conséquent perd de sa valeur, jusqu'à l'ordre de 60 %. Le fait d'utiliser les poulpiers est par conséquent bénéfique pour l'économie nationale, car il permet une plus value sur la qualité sans débourser un centime au niveau de la production. Là encore, il a démontré que l'homme n'est pas obligé de recourir à des techniques ou des technologies coûteuses, pour réussir. L'homme peut s'inspirer de la technologie, il peut s'adapter ou adapter son outil de travail sans forcément investir lourdement, pour cela il lui suffit d'observer, de connaître la nature et de la respecter. Voulant montrer la voie, il fut l'un des premiers à s'équiper de groupes de froid fonctionnant au R502 exempts de ces gaz nocifs pour l'environnement. Par la suite, il créa une société pour l'importation, le conditionnement et la distribution de nouveaux réfrigérants en association avec une grosse société portugaise. Après plusieurs opérations d'importations de containers entiers, il dut avec ses associés se résigner. Car l'introduction clandestine de réfrigérants, notamment d'origine indienne ainsi que le peu d'implication de la part des autres industriels du froid, ne lui permit de poursuivre ce projet.
Comme tant d'autres ayant la force et la volonté de changer le cours des choses , il sera confronté à ce "je m'en-foutisme ", qui s'apparente pour lui, à la politique de l'autruche. Les professionnels ne doivent pas être motivés que par le profit immédiat.
LE MILITANT
Durant sa carrière bien remplie, Mustapha BOUZARGTOUN, à été témoin de cette rapide métamorphose de la pêche au Maroc. Depuis les années 30 jusqu'à ce jour la mer marocaine n'a eu pour tout repos que les années noires de la guerre. Ce qui était mauvais pour l'homme profita à la mer. Mais depuis les années 70, l'homme à recommencer à arracher sans aucune considération les ressources marines. L'évolution des engins de pêche et des bateaux, l'accroissement parfois anarchique du nombre de gens qui exploite la mer, le laxisme de l'état, et la main mise sur la haute mer par des armateurs peu soucieux menacent l'activité de la pêche et la préservation du patrimoine halieutique.
Mustapha estime que les Marocains oublient leur passé, les périodes où ils n'avaient pas le droit de regard ni sur leur terre, ni sur leur mer. . Aujourd'hui, ce paysan de la mer est le petit pêcheur artisanal, qui munit de sa petite barque à deux sous, et de ses engins rudimentaires de pêche arpente à longueur de journée la côte. Ce pauvre pêcheur va faire travailler trois gars avec lui, pour l'aider dans sa tâche. Sa petite barque à un faible rayon d'action, en raison de son petit moteur consommant relativement beaucoup. Par conséquent ces quatre pêcheurs vont exploité une infime portion de la côte. Dire que cette équipe menace l'activité de la flotte hauturière revient à dire, que le petit paysan exploitant son " khedam " de terre, menace l'exportation de vin de table ou d'huile d'olive de la multinationale.
C'est dans ce but, qu'il créa très tôt des associations professionnelles chargées de défendre les métiers de la mer. Il avait deviné qu'un jour où l'autre, le Maroc serait amené à engager une politique plus interventionniste dans le domaine de la pêche. Il le voyait bien qu'un jour où l'autre le Ministère des Pêches prendrait des mesures pour éviter le pire qui peu arriver à un pays.
Il avait prévu les échecs des projets visant le développement de la consommation du poisson à l'intérieur du pays. Il a alerté l'opinion public contre la dégradation du milieu marin par l'homme. Mais il se rappelle surtout qu'il a fait son possible pour mettre en garde les professionnels, les pouvoirs publics, les médias contre tous ces problèmes qui aujourd'hui suscitent des polémiques, mais qui demain seront autant de crises qu'il faudra gérer. Pour Mustapha qui a été l'un des instigateurs du poulpier dans les sud du Sahara, et qui avoue que cette technique de pêche était utilisée très tôt dans l'Antiquité, il a vulgarisé cette méthode car c'était l'outil idéal pour l'exploitation du poulpe du point de vue environnemental et socio-économique.
En 1989, il n'y avait rien à Dakhla. La côte était déserte, elle ne comptait que quelques pêcheurs travaillant sur le poisson destiné à l'export mais à l'état frais, du poisson noble de qualité mais dont l'acheminement par route jusqu'à Agadir ou Casablanca était dur et long. Seuls quelques espagnols et quelques solides mareyeurs nationaux bien équipées en camions réfrigérés s'approvisionnaient de ces régions
Il fallait créer des emplois pour les Marocains des provinces de Oued Edahab, selon les directives royales de Feu Sa Majesté Le roi Hassan II, que Dieu le bénisse, il fallait doter le Sahara d'infrastructures sociales, industrielles et commerciales. Il estime n'avoir fait que répondre en tant que fidèle serviteur du Trône Alaouite, en tant qu'industriel et en tant qu'écologique convaincu à cette aspiration légitime. En tant que sujet marocain il pense n'avoir fait que suivre son destin en ayant toujours confiance en ces trois guides DIEU, LE ROI, et lui puisque du PEUPLE. Il se surprend de constater qu'effectivement son histoire est celle de son pays, comme il se surprend que là où le Maroc posait le pied, il y était aussi.
Il se rappelle la fois, où en voyage d'affaires et accompagné par son épouse, il débarqua à Tokyo pour répondre à une invitation de la part de la société OTSU KA, à qui il fournissait le fameux champignon. Il fut surpris, lui et son épouse, alors qu'ils étaient carrément plongés dans un autre monde, au milieu des hôtesses revêtues de leur traditionnel kimono, d'entendre joué l'hymne national marocain en voyant le drapeau rouge et vert se lever. Il se rappelle qu'il en avait pleuré d'émotion face à ce symbole de la reconnaissance exprimée des Japonais. Il se rappelle avoir fermé un court instant les yeux en pensant que toute la nation marocaine était à ses côtés.
En tant qu'écologique convaincu, il pense qu'outre le respect de l'environnement marin pour la pêche du poulpe, le poulpier qu'il a fait confectionner avec du plastique recyclée provenant de ces plastiques noires des décharges lui a permit indirectement, inconsciemment, et gratuitement de débarrasser ces déchets des décharges publiques de Casablanca et de sa banlieue, en procurant du travail à bons nombres de braves gens. Ces derniers, à leur tour, faisaient travailler une entreprise de plastique.
En tant que partisan du développement durable, Mustapha BOUZARGTOUN s'est mis à la place de ce pauvre gars, le pêcheur coupé de tout et qui doit gagner dans la journée de quoi vivre et faire vivre sa famille. La solution du poulpier correspondait à cette nécessité. C'est un peu comme tendre une gourde d'eau à un assoiffé dans le désert. En lui offrant ce poulpier qui n'a même pas coûter 10 dirhams, et lui permettant de pêcher 2 à 4 kilos de poulpe, Mustapha BOUZARGTOUN lui permet de réaliser un revenu de l'ordre de 20 à 40 dirhams par jour, alors deux , trois poulpiers c'est pas grand chose, mais c'est parfois utile. Par conséquent, il était légitime qu'il défende, et vulgarise l'utilisation du poulpier, car en fin de compte des dizaines de milliers de poulpiers peuvent faire vivre une population comme celle d'Agadir.
Les poulpiers sont depuis longtemps accusés par leurs détracteurs, comme nuisant au renouvellement du poulpe, et susceptibles de capturer des juvéniles. Des études scientifiques récentes démontrent le contraire à ces accusations. Les chercheurs ont constaté que les poulpiers permettaient de prendre de plus gros calibre, le plus petit des poulpes est chassé par le plus gros. D'autres part, ces mêmes scientifiques ont démontré que la femelle du poulpe meurt une fois qu'elle a pondu ses œufs, par conséquent autant la pêché. Mustapha estime que le poulpe est si intelligent qu'il trouvera n'importe comment, une parade, et aux poulpiers et aux filets.
Et c'est vrai, récemment les chercheurs ont découvert que le poulpe sur la côte marocaine, mauritanienne et sénégalaise creusait des terriers profonds dans le sable et les fonds meubles. Ce phénomène n'a jamais été observé auparavant par la communauté scientifiques. En souriant, il ironise en pensant "qui sait ? si aujourd'hui on admet les chalutiers laboureurs dans cinq ans on verra des tracto-pelles creusés les côtes marocaines à la recherche du poulpe " Les fanatiques de la pêche hauturière en mal de surexploitation des eaux devraient savoir que les poulpiers sont plongés dans des endroits impraticables à leur bateaux. Les répercussions sur la faune et la flore de l'utilisation du poulpier ne provient pas du poulpier en lui-même mais plutôt du pêcheur qui doit veiller à ne pas brutaliser l'environnement dans lequel il pratique sa pêche. Mais il est évident que l'action de descendre les filières de poulpes et de le remonter est nettement moins nocive pour la flore et faune que le ratissage des fonds à l'aide de chaluts et de bateaux disproportionnés. Une barque peu contenir prés de 600 poulpiers, il suffit de multiplier ce nombre par un poids moyen de 1.5 kilo on constate que ce pêcheur avec un équipement composé principalement de sa barque, du moteur et des poulpiers estimé à cinquante mille dirhams pêche beaucoup plus qu'un chalutier de plusieurs millions de dirhams.
Mustapha BOUZARGTOUN sait très bien que ce qui détruit la mer n'est pas aussi visible que ces poulpiers. Il dénonce l'utilisation des filets maillant dérivants. Un des plus grands fléaux est la pêche industrielle. Des techniques redoutables sont employés par les bateaux usines pour capturer les quantités colossales nécessaires pour une production rentable. Ces bateaux ratissent les mers, sans aucunes distinctions d'espèces avec des filets atteignant 40 kilomètres de longs. Le germon est pêché avec ces filets. De ce fait, des quantités importantes de mammifères comme le dauphin et d'autres cétacés sont ainsi emprisonnés et meurent, des poissons non commercialisables seront rejetés morts.
Ces véritables murailles sont parfois perdues par les bateaux, leurs amarres s'arrachent et les voilà parties à la dérive des courants. Ces filets continuent leur morbide tâche au gré de l'eau, indécelables. Alors que d'autres méthodes de pêche peuvent être pratiquées comme des techniques traditionnelles" (canne à l'appât vivant ou lignes de traîne). La pêche marocaine a été jusqu'à ces dernières années une pêche côtière, et la plupart des engins de pêche utilisés pour la pêche côtière (p. ex., les petits filets maillant, les nasses, les poulpiers et les palangres) fonctionnent "de manière passive", ce qui n'est pas le cas de la plupart des engins normalement utilisés pour les activités de grande envergure (p. ex. les chaluts pour la pêche hauturière). Mustapha BOUZARGTOUN constate que le conflit qui oppose les secteurs hauturier et côtier porte ainsi principalement sur les différences qui existent entre les pêcheurs utilisant des engins de pêche mobiles et ceux utilisant des engins de pêche fixes.
Selon lui les particularités d'un engin de pêche importent moins que la façon dont cet engin est utilisé. C'est là où le professionnalisme et l'éthique du patron de pêche ont leur extrême importance. Il pense que pour la sauvegarde de nos ressources halieutique que la pêche passive à petite échelle devrait jouer un plus grand rôle à l'avenir et font valoir que cette sorte de pêche est plus durable et plus axée sur la conservation que celle pratiqué avec des engins mobiles. La pêche à la palangre - méthode de pêche qui consiste à utiliser une longue ligne maîtresse à laquelle sont attachés de plus petits avançons munis d'un hameçon et d'un appât individuel - est perçue notamment comme un moyen relativement inoffensif.
Mustapha BOUZARGTOUN soutient que de toutes les méthodes la pêche à la palangre est la moins destructrice, la plus sélective et fait appel à une main d'œuvre plus importante que la pêche au chalut. Le poisson pêché à la palangre est plus rentable car il est de qualité supérieure à celui pêché au filet. En effet, pendant la pêche au chalut les poissons sont écrasés dans les filets lorsqu'il sont hissés à bord des bateaux et entraîne un rejet important qui peut atteindre 50 %. Le poisson pêché à la palangre est plus gros, car sa taille dépend de la grosseur de l'hameçon et de la grosseur de l'appât. Mustapha BOUZARGTOUN dénonce des pratiques couramment utilisées et qui visent à augmenter l'efficacité des filets, comme la pause d'une doublure à l'intérieur des chaluts pour retenir une plus grande quantités de petits poissons dans le but d'en attraper de plus gros.
Deux chiffres suffisent à cerner l'étendue du gâchis actuel: les flottilles industrielles ne représentent que 1% de l'ensemble des navires de pêche dans le monde. Mais elles réalisent plus de la moitié des prises mondiales, soit 80 à 90 millions de tonnes (déclarées) par an et entraînent le déclin rapide de nombreux secteurs de pêche traditionnels. Autre chiffre révélateur: on évalue à pas moins de 27 millions de tonnes - soit un quart des prises totales annuelles de poissons dans le monde - le total des poissons pêchés et rejetés à l'eau comme "prises accessoires" non commercialisables. "Des milliers d'espèces de requins, dauphins, tortues marines, oiseaux menacés et poissons non ciblés, jouant un rôle capital pour le maintien de l'équilibre de la chaîne alimentaire, sont capturés, blessés et rejetés morts Bien que ces chiffres soit avancé par Greenpeace, les marocains doivent y être sensibles fautes de statistiques nationales pour les ressources marocaines.
Outre les engins de pêches d'autres facteurs peuvent influencer le patrimoine halieutique comme la pollution de la mer, la dégradation du littoral, la destruction de la flore marines et maritimes. Et ces dangers sont plus inquiétants car ils sont de la responsabilité de tous les citoyens marocains mais dont peu en ont conscience. Et le paysage de notre littoral est des plus catastrophique, d'autant plus que le Maroc est un pays que même les Européens qualifie de vierge. Mais quand on constate le nombre des décharges sauvages, des carrières de sables clandestines, de l'urbanisation incontrôlée, du ramassage destructeur de coraux et d'algues.
Les Marocains devraient se poser des questions quand on voit des unités marocaines de congélation et de transformations de produit halieutiques travailler du poisson venu de l'étranger. Qu'est ce qui à conduit à cette situation ? Le Maroc n'a t-il plus de pêcheurs, n'a-t-il plus de poisson ? On en est pas encore là, heureusement.
Cela est dû à une mauvaise gestion de nos stocks, de nos outils de pêches, de nos réseaux de débarquement. Et surtout cela est dû à un manque de professionnalisme dans le secteur, empêchant toute adaptation. Les armateurs, les industriels se lancent dans l'activité de la mer, sans aucune appréhension du métier, et il n'est pas étonnant qu'ils finissent dans l'improvisation au détriment des ressources halieutiques, des populations, de l'économie nationale. Mustapha estime qu'il est grand temps de rendre la mer aux gens de la mer, tout comme il pensait après la guerre qu'il fallait rendre les terres aux marocains.
Rendre la profession aux gens du métier c'est permettre à cette population marocaine de consommer du poisson à longueur de l'année, à un prix raisonnable et d'une parfaite qualité. Car il aura été pêché, conditionné, vendu par des gens du métier, ayant une éthique et une réputation à défendre. Mais, c'est une utopie semble-t-il, car aujourd'hui, le poulet et le bétail se nourrissent plus de poisson que le commun des marocains. Les chiffres le prouvent. Comment des projets de développement de la consommation national du poisson ont pu échouer ? Pourquoi l'approvisionnement des usines de farines de poisson n'a jamais cessé ? Voilà des questions que Mustapha se pose depuis longtemps.
Pour Mustapha, il n'y a que du bon poisson, mais avec la disparition des anciens patrons de pêche, et leurs acquis et surtout par intérêts on assiste à l'agonie d'un secteur car on privilégie la rentabilité à court terme en utilisant des techniques et des bateaux que la plupart des équipages ne maîtrisent pas? par manque de compétence et de formation,
Là encore le professionnalisme est absent. Car pour Mustapha BOUZARGTOUN, le professionnel s'est celui qui voit loin, et qui opte pour la solution favorisant le développement durable. L'activité de ces usines de transformation de protéine animale pour l'alimentation l'animal est irrationnelle dans le Maroc du 3eme millénaire. Cette industrie devrait être condamnée car elle source d'un gaspillage monstre.
Ce gaspillage ne considère pas uniquement les quantités de poissons que le marocains ne consommera pas, il faut prendre en compte l'énergie de la transformation, le nombre d'emplois qu'une tonne de farine nécessite. Alors que d'un autre côté une tonne de sardine pour la consommation humaine fera travailler 20 personnes qui pourront chacun dans la journée vendre 50 kilos de sardines et réaliser un gain de 100 DHS. Et 100 DHS à Figuig ou à Errachidia c'est beaucoup, c'est deux jours de travail pour un manœuvre. Mais ce manœuvre restera dans sa région, prés de sa famille à qui il apportera quotidiennement un apport en protéine animal.
Pour Mustapha BOUZARGTOUN c'est ça la rationalité et sa vision du développement durable, une gestion responsable de l'action de l'homme sur les ressources naturelles et ce dans le temps. Une gestion en 3D, concrète et sensée, pour construire le Maroc du 3éme millénaire.


08/11/2012

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