Pêche/Mauritanie/Espagne/APP: Caneté plaide la cause de son pays!

 

Le ministre espagnol dont le pays fait face à de sérieuses difficultés économiques a prêché mardi devant le président de la République, qui le recevait en audience, l’intérêt pour son pays d’un renouvellement « rapide » de l’accord de partenariat de pêche (APP) liant la Mauritanie à l’Union européenne. Un accord dont le second protocole vient à expiration le 31 juillet prochain.


Dans une déclaration faite à la presse, le ministre espagnol en charge du secteur de la pêche dans son pays a notamment déclaré, à ce sujet:"j'ai exprimé au président le souhait de l'Espagne de voir ce protocole renouvelé avec des conditions techniques et financières favorables, permettant de reconduire les activités de la flotte de pêche espagnole dans la zone économique mauritanienne". Cependant, le responsable espagnol n’évoque aucun engagement du président mauritanien à forcer la main aux négociateurs de son pays pour dépasser le blocage survenu en décembre dernier, à l’occasion de la tenue, à Nouakchott, du 5ème round de négociations entre la Commission Européenne et la partie mauritanienne. Un blocage dont l’Espagne, dernier bouclier avant Paris et Bruxelles dans la crise financière rampante qui secoue le vieux Continent, cherche à éluder avec la baraka mauritanienne.

 

Course contre la montre

Le responsable espagnol rappelle, tout au plus que : "ce dialogue avec les autorités mauritaniennes aura un effet positif sur les négociations en vue du renouvellement du protocole et que cela débouchera sur la fixation d'une date la plus rapide possible". Jusqu’ici pourtant des clivages persistent, en effet, sur les conditionnalités du renouvellement de cet accord dont la Mauritanie chercherait à tirer le meilleur profit, à la faveur de la résolution du Parlement européen de Mai 2011, confinant les bateaux battant pavillon européen, aux ressources excédentaires ou celles qui ne seraient pas ciblées par les pêcheurs mauritaniens. Parmi les autres avantages lorgnés par les autorités mauritaniennes figurent aussi des aménagements au dernier protocole en vue de débarquement des captures des navires européens, l’écoulement de 2% des captures pélagiques sur le marché local et l'embarquement de marins mauritaniens à concurrence de 60% des équipages et le recul de la zone de pêche au-delà des limites jusqu’ici en vigueur.
Néanmoins, sur les 60 bateaux espagnols, faisant partie de plus d’une centaine de navires européens, présents dans les eaux mauritaniennes, les navires espagnols sont identifiés comme des céphalopodiers alors que d’autres sont indexés d’utiliser des chaines racleuses. Dans le cas du poulpe, la situation est aujourd’hui dramatique pour une ressource dont le quota permissible est déjà largement dépassé. Selon les scientifiques, cette ressource est actuellement exploitée à un niveau à plus de 35% du potentiel permissible. S’agissant des chaînes racleuses, les autorités mauritaniennes avaient, déjà l’année dernière, demandé aux navires espagnols de se conformer aux exigences de sélectivité, et menacé même de fermer leurs eaux à une telle pratique.

 

L’Espagne, pays le plus affecté!

En décembre dernier, les négociations n’avaient pas pu se poursuivre en raison de divergences profondes en termes d’évaluation des avantages de l’accord. Ce dernier (2008-2012) apportait à la Mauritanie 305 millions d’euros sur quatre ans en contrepartie de l’accès des navires européens (espagnols, hollandais, allemands, irlandais…) aux ressources halieutiques mauritaniennes. En termes de coût et d’accès, c’est le plus important accord noué par l’Union Européenne avec un pays tiers. Pour le ministre espagnol, qui entendrait que le futur accord intervienne même avant sa ratification, "ce protocole qui sert les intérêts des deux parties apporte une contribution positive au développement du secteur des pêches en Mauritanie et nous voulons appuyer cette contribution dans le futur".

L’Espagne, et plusieurs autres pays européens concernés par l’APP avec la Mauritanie, ont exhorté récemment la Commissaire Européenne pour les affaires maritimes, Maria Damanakis, a accélérer les  négociations avec la Mauritanie afin de trouver un nouvel accord qui permettrait à leurs navires de continuer à pêcher en Mauritanie. Mais c’est certainement l’Espagne qui souffrira le plus d’une non-reconduction de cet accord avec l’écrasante majorité de ses navires de pêche, placés en Mauritanie, alors que dans les autres eaux comme en Guinée Bissau ou au Maroc, ses bateaux sont déjà sevrés d’activité.

Jedna DEIDA (REJOPRAO et Le Quotidien de Nouakchott)

 



31/05/2012

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