Petits pélagiques : du diagnostic aux solutions requises ?

 

 

 

La République Fédérale d’Allemagne est l’un des pays européens qui a toujours aidé la Mauritanie de façon désintéressée, c'est-à-dire conformément surtout à sa vocation de pays défenseur de l’environnement et promoteur de la démocratie. L’inventaire de ses interventions dans notre pays, en témoigne.

Au niveau particulier de la pêche, l’Allemagne a soutenu la politique sectorielle depuis de longues années en concentrant, plutard, ses efforts sur un axe extrêmement important et dont dépend tant le présent que l’avenir des ressources halieutiques nationales.

Il s’agit de la surveillance des pêches et du contrôle en mer où, grâce à l’appui constant et efficace de ce pays ami, notre système en la matière est aujourd’hui reconnu, de par sa conception, ses équipements, sa logistique et ses résultats, comme modèle dans la sous-région.

Cette réussite en aval a encouragé ce pays a renforcé son intervention en amont au niveau de la conception des politiques de gestion ; le but étant de faire disposer les décideurs des ingrédients quantitatifs et qualitatifs nécessaires pour l’élaboration des politiques et stratégies et de les aider à réussir un équilibre, au niveau de l’aménagement des pêcheries, entre la dimension « développement » et celle relative à la conservation et la protection des ressources halieutiques de la zone exclusive mauritanienne.

Ces raisons ont été suffisantes pour continuer les activités du Projet Appui-Conseil au secteur des Pêches (ACPêches) au niveau central, renforcer ses moyens humains et financiers et multiplier et diversifier ses domaines d’interventions. Actuellement, ce projet dispose d’un ambitieux plan d’action, axé principalement sur les plans d’aménagement, le système d’Information des Pêches (SIP) et la promotion d’instruments adaptés pour une exploitation durable des ressources halieutiques mauritaniennes.

La naissance de la GIZ suite à la fusion de la GTZ, du DED et d’INWENT, catalysera certainement l’action de nouvel outil allemand de coopération et garantira des résultats encore meilleurs pour le Projet « ACPêches».

L’étude réalisée sur financement de ce projet et restituée hier au Ministère des pêches en présence des parties prenantes, constitue pour ce projet –et pour la nouvelle GIZ- la première épreuve. A travers cette étude, le projet vise à réaliser un état des lieux sur les petits pélagiques en Mauritanie pour faciliter la mise en place future d’une politique qui garantira à la fois la préservation de cette ressource d’avenir et une valorisation meilleure et équitable de son potentiel.

Selon le témoignage des participants à cette restitution et du Chef allemand du Projet, l’étude a été une véritable réussite tant pour le bailleur de fonds que pour les professionnels du secteur, et pourra être, en fonction de l’usage qu’en feront les décideurs, une base solide pour solutionner les problèmes du sous-secteur des petits pélagiques.

Quant à ceux qui auront la chance de découvrir cette étude, ils seront suffisamment informés sur la réalité de ce patrimoine commun à tous les mauritaniens et que les pouvoirs publics se doivent de le gérer de manière transparente et équitable.

Parmi les détails importants, l’étude démontre le caractère migratoire des petits pélagiques dans le cadre d’une zone de répartition spatiale comprenant le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal et la Gambie. Cette caractéristique se traduit par une instabilité en rapport avec les conditions environnementales et est à l’origine (i) des variations des biomasses et (ii) des fluctuations fortes des captures au niveau de chacune des pays ou zones de distribution.

Elle rappelle les potentiels des principales espèces, définis par le dernier groupe de travail organisé par l’IMROP en décembre 2010 et puis le niveau d’exploitation des espèces ou groupes d’espèces ciblés. Le lecteur découvrira que les espèces concernées sont surexploitées dans leur majorité et qu’elles appartiennent à des ressources qui sont loin d’être illimitées comme le reflète, entre autres, la vanne grandement ouverte pour autoriser l’installation opportuniste d’usines de farine et l’affrètement des embarcations étrangères aux fins d’assurer l’approvisionnement de ces usinés de transformation.

On peut découvrir à travers l’étude que les captures sont passées de moins de 311 000 tonnes en 1994 à plus d’un million de tonnes en 2010 par rapport à un potentiel permissible annuel d’environ 1,2 million de tonnes et que ces captures étaient destinées, jusqu’à une date récente, presque en totalité et à l’état brut (98 %), aux marchés extérieurs; la part consommée ou transformée localement ayant été alors très faible.

Le consultant a aussi analysé l’origine et la nature des flottilles qui ont toujours assuré l’exploitation des petits pélagiques en Mauritanie, l’évolution du nombre des navires par régime d’accès à la ressource et des captures réalisées, et enfin, les retombées socioéconomiques de ce sous-secteur. Dans ce cadre, il a rappelé que les contextes national et international sont marqués par une prise de conscience de plus en plus grande de l’importance du poisson aussi bien comme source de revenu pour les pays côtiers que pour la sécurité alimentaire (une alimentation saine et équilibrée).

Il a aussi démontré le caractère extraverti de l’activité, mis l’accent sur la substitution de l’Etat (affréteur dans le régime de la licence libre) par un particulier dans le régime de l’affrètement (injustice et manque à gagner important pour l’Etat) et sonné l’alarme sur la faible chance du développement d’une pêcherie nationale des petits pélagiques si l’Etat ne change pas d’orientation.

La liste des pays de pavillon des navires, a permis à certains de voir, avec nostalgie ou amertume, RDA (République Démocratique d’Allemagne et URSS (Union des Républiques Socialistes soviétiques) et Roumanie. La lecture de ce passage de l’étude en question ou de cet article, fera certainement penser d’autres à Hitler et à Staline comme je me suis rappelé, moi, des années passées en République Socialiste de Roumanie et du sort de son ancien président Nicolae Ceancescu.

Par ailleurs, il importerait de rappeler qu’à l’issue d’un diagnostic complet et écrit avec un langage et un style facilement accessibles ou assimilables par tous, le consultant Mohamed Ould Abidine Oula Maayif, a formulé un ensemble de recommandations fondée sur sa longue expérience dans le secteur des pêches. Celles-ci se rapportent à l’évaluation des stocks des petits pélagiques, à leur aménagement, à l’accès à leur pêche et à leur bonne gouvernance. Parmi de telles recommandations, on se limite ici à citer celles dont la mise en œuvre nécessite obligatoirement une volonté politique, à savoir :

- La séparation de la licence de pêche industrielle des petits pélagiques en deux types de licences : licence pour les carangidés (chinchards) et scombridés (maquereau), et licence pour les clupéidés (sardinelles, sardines, etc.) ;

- La fixation d’un plafond de captures (quota) selon le type de navires en régime de licence libre et prévoir un prix de cession par tonne supplémentaire pêchée au-delà de ce plafond ;

- L’octroi, dans le cadre de la convention avec le Sénégal, de 50% des possibilités de pêche sous forme de licences pour les sardinelles plates avec les filets maillants encerclants ;

- Le partage des ressources des petits pélagiques au sein des segments de pêche et entre les différents usages : consommation locale, industrie de farine, industrie de transformation, etc.

- L’alignement des prix des produits pélagiques sous le régime de l’affrètement à ceux fixés par la SMCP pour le pélagique congelé bord.

Cette « étude diagnostic du sous-secteur des petits pélagiques en Mauritanie », annonce la phase suivante à travers un ensemble de questions ou d’interrogations qui laissent entrevoir l’espace entre la réalisation du diagnostic et la mise en œuvre des solutions requises.

En tout cas, les bonnes réponses feront surement changer la configuration actuelle du ce sous-secteur par la domestication de l’essentiel de ses activités, la maitrises des statistiques et la multiplication des ses retombées sociales et économiques. Ces bonnes réponses, contribueront aussi à éclairer une opinion publique déjà partagée et préoccupée, depuis un certain temps, par la convention avec Poly Hondone Pelagic Fishery Co. et les négociations pour un éventuel renouvellement de l’accord de pêche RIM-UE (2006-2012) qui se discute, pour la première fois, depuis l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Contexte politiques et enjeux socioéconomiques exigent !

Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

Directeur Peche Industrielle :MPEM/RIM

source criem org



25/06/2011

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