Protocole de Pêche RIM-UE : équilibré

Le protocole de deux ans signé par la RIM et l’UE en juillet 2012 a fait couler beaucoup d’encre et de salive surtout. Bien que ce protocole soit largement soutenu par la société civile et toute les fédérations de pêche mauritanienne, certains y trouvent à redire. Tout a été dit et/ou son contraire:

- Les « operateurs » étrangers et nationaux relayés par tous les moyens de communication ;

- Certains fonctionnaires nationaux, très peu informés, jouant aux experts, ont plus pollué l’atmosphère en suscitant de faux espoirs à certains (à dessein ?) ;

- Le silence assourdissant de nos « hommes politiques » qui contraste étrangement avec celui de leurs homologues étrangers de l’UE.

Je voudrai, moi aussi, apporter à mon tour, quelques précisions sur certains aspects saillants de ce protocole.

Le contexte politique :

La nouvelle dynamique en Europe pour une pêche durable, qui a coïncidé avec la nouvelle volonté politique en RIM, qui tend vers ce même objectif, ont grandement facilité la tache des négociateurs. L’enjeu est de taille car il s’agissait pour la Mauritanie de mieux gérer sa seule ressource renouvelable et pour l’Europe de préserver la dernière zone de pêche dans sa proximité.

C’est ainsi qu’en avril 2011, bien avant le début des négociations, les Autorités mauritaniennes ont chargé une commission d’experts de faire l’évaluation des accords de pêche passés. Cette dernière a remis vers la mi-mai un rapport qui recommandait entre autres, de « Réserver aux pêcheurs nationaux les céphalopodes et les poissons démersaux à l’exception des crustacés et du merlu pour renforcer la position de la SMCP concurrencée par les européens avec nos propres ressources … »

Presque simultanément le parlement européen votait son historique résolution sur la Mauritanie qui disait en substance que l’accord "a contribué à une surexploitation de certaines ressources, en particulier pour le poulpe, réduisant ainsi les possibilités de pêche des petits pêcheurs mauritaniens et donnant un avantage concurrentiel à l’industrie de l’Union, en raison de l’accès subventionné dont bénéficient les navires de l’Union européenne". La résolution insiste dès lors pour que "tout accès à la pêche dans les eaux mauritaniennes pour les navires battant pavillon d’un État membre de l’Union européenne soit fondé sur le principe des stocks excédentaires ».

La messe était dite, car le poulpe est non seulement surexploité, mais constitue aussi le seul subside de plusieurs dizaines de milliers de pêcheurs mauritaniens.

Operateurs mauritaniens:

Beaucoup confondent les termes armateurs et consignataires, à tel point que les derniers se prennent parfois pour les premiers, alors qu’ils ne sont que leurs simples agents. Les consignataires doivent leur fortune, contrairement aux armateurs, non pas à un investissement mais à un agrément du MPEM : ainsi l’armateur mauritanien a le droit de parler de « ses bateaux »encore que (…), le consignataire non, car il n’en a pas .

L’armateur mauritanien a soutenu le Protocole, le consignataire mauritanien, solidaire de son patron armateur étranger, l’a combattu avec plus de zèle que ce dernier, oubliant son bienfaiteur initial qui lui a délivré son agrément. A sa place, je le lui aurais tout simplement retiré. Selon eux, la Mauritanie perdra énormément avec ce protocole, particulièrement en emplois.

Emploi :

Parlons-en de l’emploi. La pêche industrielle compte officiellement environ 5000 marins embarqués dont plus de 50% d’emplois fictifs dont beaucoup n’ont même jamais la mer et qui sont il est vrai facturés à l’armateur. Les consignataires du pélagique particulièrement, savent bien de quoi je parle. Tout au plus, les bateaux « licences libres »incapables de respecter les mêmes conditions que les européens, ont débarqué effectivement quelques centaines de marins.

Il est vrai également que ces chalutiers, contrairement à ceux de l’UE ne sont pas subventionnés, mais sans la clause de non discrimination, le Protocole n’allait pas être signé par Bruxelles. De toute façon, si ces navires ne reviennent pas, les emplois perdus, seraient alors compensés par les 60% de marins à bord des navires européens. Mais cette fois, les emplois fictifs seront plus difficiles à récupérer et c’est peut-être ce qui a fait le plus de bruit à Nouadhibou, ces derniers temps.

Cephalopodes :

Les armateurs espagnols des «chalutiers cephalopodiers » continuent de remuer ciel et terre à cause de leur exclusion. Si ce n’est que pour obtenir une compensation de Madrid ou/et de Bruxelles, c’est de bonne guerre. Si c’est pour un illusoire retour en Mauritanie, c’est peine perdue, car la Mauritanie a une nouvelle politique qui a choisi la préservation de sa ressource à tout prix, même celui du protocole.

Au-delà de ces considérations, le monopole du poulpe par la Mauritanie pourra générer plus que l’accord et avec une SMCP publique. En plus, il rendra surtout justice aux artisans mauritaniens qui devaient rivaliser, à armes inégales avec des flottes industrielles étrangères subventionnées.

Redevance

La redevance payée par les armateurs était fonction du GT du navire et non pas de la quantité réelle pêchée. Le nouveau protocole a réparé cette aberration : en effet, si le GT est surtout utilisé par la douane comme index pour les navires marchands, il ne reflète en rien la capacité de capture, car cette dernière pourrait être du simple au double pour des navires ayant les mêmes GT.

C’est ainsi que les 250.000 T/an de pélagique ont toujours été prélevées moyennant le tiers de la redevance prévue par l’accord. Désormais cette redevance sera payée à la tonne pêchée. C’est plus équitable pour la Mauritanie mais aussi à d’autres partenaires ayant des navires aux GT elevés, moins performants et non subventionnés de surcroit.

Zonage

Le zonage a été modifié de 13 à 20 miles pour les pélagiques et dans une moindre mesure pour les crevettiers. Les premiers racontent partout que cette nouvelle zone est pauvre en poisson curieusement, avant même de l’avoir testée. Pourtant le nouveau tracé est minimaliste car il suit en moyenne l’ isobathe (profondeur) de 70 mètres en moyenne, ce qui équivaut à l’ouverture verticale d’un chalut pélagique. Au Maroc voisin, ces chaluts ne sont autorisés qu’au-delà de 200 mètres de fond.

En réalité ces messieurs ne sont pas contents car ils sont ainsi privés des 3% de fausse pêche en poisson de fond (qui ne doivent pas être ciblés) et de la sardinelle. Or cette dernière est non seulement également surexploitée, mais pêchée aussi par les artisans mauritaniens, dont les filets sont en permanence détruits par les gros navires. Le nouveau zonage contribuera donc à diminuer les conflits

Quant aux crevettiers ils ont demandé des aménagements, qui ont été satisfaits en partie..

Transbordement/debarquement

Tous les navires pélagiques devront transborder à l’intérieur du port de Nouadhibou et les autres y débarquer. Sans cela la Surveillance n’aura pas la capacité d’exécuter sa mission.

Redevance en nature (2% de toutes les captures pelagiques)

Ce poisson (certains diront yay boy), sera vendu à 50 UM/kg dans les poissonneries populaires, déjà présentes dans 10 wilaya. Car si le mauritanien dédaignait le poisson au point de se boucher le nez, quant il était contraint de le manger, aujourd’hui, il commence à l’apprécier et connait son apport bénéfique à la santé. Car c’est un non sens que les mauritaniens dont les ressources nourrissent toute l’Afrique, doivent chaque année de mauvaise pluie, demander la charité internationale.

Compensation financière

Je pense que les 67 millions d’euros ne sont qu’un minimum à payer pour accéder à une zone de pêche aussi riche, si proche du marché de destination africain et située aux portes de l’Europe.

Le Protocole

Il présente, à l’image de tous les protocoles, des contraintes pour les deux parties, dont certaines partagées, comme la préservation de la ressource pour une pêche durable, mais dans l’ensemble il est gagnant-gagnant.

Ce protocole est donc solide et bien assis car il reflète la volonté de toute une nation de rompre avec un passé proche, où on pouvait obtenir, moyennant des « raccourcis », ce qu’on voulait en Mauritanie. Tout le monde se souvient encore d’une certaine negociation(…)

Certains armateurs et états membres européens ont fait beaucoup de lobbying contre le Protocole, afin pensent-ils, de renégocier pour de meilleurs profits. La Mauritanie n’en a pas fait, se limitant à défendre le Protocole en tenant ses engagements en alignant tous aux mêmes conditions techniques et financières, malgré ce qu’il lui en coute. La balle est donc désormais dans le camp de Bruxelles, qui devra défendre à son tour le Protocole devant le Conseil des Ministres Européens et quelques semaines après devant le Parlement Européen.

CF /R Cheikh BAYA
CT MPEM

 

 référence  www.cridem.org

 

http://www.cridem.org/C_Info.php?article=634448


23/09/2012

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